« On peut tous faire de grands rêves, tout le monde devrait faire de grands rêves. Mais les rêves ne servent à rien, à moins de faire ce qu’il faut pour les accomplir ».  Nous nous étions quittés à la fin de l’étape 1 « la genèse du projet » sur cette mise en garde de Lazarus Lake, aussi radicale et provocante qu’encourageante.

 

 


 

Étape 2 – La préparation

[Thomas]

« On ne peut tous faire de grands rêves, tout le monde devrait faire de grands rêves. Mais les rêves ne servent à rien, à moins de faire ce qu’il faut pour les accomplir ».  Nous nous étions quittés à la fin de l’étape 1 « la genèse du projet » sur cette mise en garde de Lazarus Lake, aussi radicale et provocante qu’encourageante.

Radicale, car il y a certainement matière à réflexion pour débattre de l’utilité ou de l’inutilité des rêves. Provocante, car « faire ce qu’il faut » paraît somme toute trop évident comme seule et unique condition de réalisation. Mais encourageante, aussi, car elle incite plus que tout à s’investir dans son projet.

Dans cet équilibre avec l’encouragement, la radicalité et la provocation me semblent être deux stimulants vertueux, lorsqu’ils sont maniés avec précaution.

Le recours à la radicalité et à celui de la provocation dans la préparation d’un défi amènent à mieux se rendre compte de nos propres forces et faiblesses, à mieux connaître ses limites… mais pas pour s’arrêter, au contraire, pour « tenter l’impossible dans les meilleures conditions » comme le disait Romain Garry. Il s’agit de créer les meilleures conditions pour le dépassement de soi. Dit autrement, dans ce projet de l’UTMB, comment devenir éligible puis « finisher » de cette course mythique. Dans celui d’un nouveau projet professionnel, comment devenir légitime puis performant sur un nouveau terrain de jeu.

tenter l’impossible dans les meilleures conditions

 

Pour aller chercher l’éligibilité et la légitimité, il faut s’inscrire dans un cadre connu, applicable à tous. Pour l’UTMB, c’est détenir 15 points ITRA[1] au moment de son inscription pour la course. Les détenir, c’est justifier du minimum requis en termes de compétences et de connaissances « physiques », de même qu’une formation ou un travail sur soi permet d’aller chercher les premières compétences et connaissances nécessaire à l’exercice d’une nouvelle activité professionnelle.

Les inscriptions pour l’UTMB 2019 ouvrant en décembre 2018, il fallait donc partir à la conquête de ces 15 points dès lors que la genèse du projet laissait place à l’objectif véritablement conscientisé. Cet objectif a été formalisé me concernant juste après mon 2nd trail, toujours en famille ; le trail Sancy – Mt-Dore de septembre 2017 (60 km pour 3400 m), soit un peu plus de 12 mois pour « rendre possible » l’objectif UTMB2019 grâce aux points.

 

trail Sancy
Grand Trail du Sancy – Thomas

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Après une remise en jambe grâce au trail Vulcain en mars 2018 (73 km pour 2900m), je lançais donc la course aux points grâce à un programme de 3 trails consécutifs me permettant d’aller chercher « l’éligibilité » : Trail du Hauf Giffre à Samoëns en juin 2018 (88 km, 6300m, 5 points), Supertrail du Barlatay en août 2018 (85 km, 5600m, 5 points), et X-Trail de Corrèze  en septembre 2018 (104 km, 4400m, 5 points).

Moins qu’un concours, qu’un entretien d’embauche, ou qu’un « assesment » , cette quête de légitimité ne laissait aucun droit à l’erreur. Une quête radicale, ne laissant aucune ambiguïté possible aux 2 questions essentielles auxquelles je devais répondre : est-ce possible ; suis-je capable ?

Pour tenir ce rythme « radical », je devais aussi provoquer une dynamique forte d’implication, d’entraînement, de progrès. Avant de faire ce qu’il fallait faire, je me devais d’être en mesure de comprendre ce qu’il me fallait faire, de mesurer l’écart à combler entre mes capacités de départ, et celles que je devais aller chercher pour terminer ces 3 courses.

Augmenter la fréquence de course, en augmenter l’intensité. Varier les efforts et s’exercer aux montées, aux descentes. Décliner le tout sur autant de terrains que possible, de la plage à la forêt. Pour ce qui me concerne, les premiers réflexes, pratiquement de bons sens pour s’entraîner à l’ultra-trail, n’ont pas été suffisants pour provoquer ce changement.

Mon premier grand trail, celui du Haut-Giffre en juin 2018, reste à ce jour le plus instructif. Bien préparé, trop sûr de moi, j’arrivais très proche des 100 premiers au moment où nous terminions le dénivelé positif. Il ne restait plus que 10 km de descente. A l’instant même où mon premier pas amorçait cette inclinaison négative, je compris très nettement ce qu’il me manquait, et ce que je devrais faire « en plus » si j’arrivais à franchir la ligne d’arrivée : il me faudrait développer une force mentale capable de faire oublier la douleur.  Littéralement incapable de mettre un pied devant l’autre, les muscles tétanisés, électrifiant tout le reste du corps à chaque pas, c’est seconde par seconde, un pas par conviction, que j’ai repris la course pour l’arrivée, jusqu’à l’apparition que je revis comme « irréelle » de mon frère, qui, ne comprenant pas ma soudaine perte de temps, parti à ma rencontre pour me guider pendant ces dernières heures noires de confrontations physiques et mentales.

 

Ultra tour du Haut Giffre - Thomas
Ultra tour du Haut Giffre – Thomas

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

J’ai ainsi compris qu’il me fallait faire plus, aller chercher plus loin les ressorts pour espérer réaliser mon projet. Il m’a ainsi fallu utiliser la radicalité pour m’ouvrir à de nouvelles perspectives de progrès. C’est ainsi que j’ai commencé à me forcer à faire l’inverse de ce que je souhaitais spontanément : mettre le réveil en pleine nuit pour aller courir à la frontale, faire des sorties longues dès que le temps était mauvais, partir courir lorsque j’avais faim, courir plusieurs fois par jour, parfois aux pires moments, après un bon repas, parfois à la place d’un repas, ou lorsque j’avais sommeil. Courir équipé, courir lesté… lorsque j’avais trop couru, travailler le renforcement musculaire, tenir les gainages jusqu’à retrouver l’électricité qui irradie les muscles. En d’autres termes, la radicalité m’a aidé à trouver l’envie au-delà de ce que je n’avais pas envie : je n’avais évidemment pas envie de me faire mal, et c’est pour cela que j’avais envie de réussir mon projet.

A partir de ce moment, j’ai vu quels devaient être mes axes de progrès, tout en discernant plus objectivement mes forces, mes points d’appui, une forme de bilan de compétences qui aura été décisive pour comprendre ce que j’avais à faire pour être capable non seulement d’aller chercher ses 15 points, mais finalement pour pouvoir être finisher de l’UTMB.

rendre capable pour rendre possible

 

« Rendre capable pour rendre possible », c’est l’effet d’une alchimie un peu mystérieuse de radicalité, de provocation, qui avec la bienveillance de l’encouragement démystifie le dépassement de soi. C’est aussi une phrase que j’ai entendu de nombreuses fois au sein de mon environnement professionnel, et qui sonnera toujours comme le départ d’une nouvelle course !

Fin septembre 2018, un peu plus d’1 an après mon premier trail, je détenais 15 points ITRA et j’étais donc éligible à l’inscription de l’UTMB 2019. Une étape clé de franchie : la certitude d’être éligible. Restait une autre étape décisive dans la foulée : la certitude d’être élu !

Pour y parvenir, je mis en place ce partenariat avec Rhapsody, qui vous vaut ce cycle de billets, afin d’aller chercher un dossard solidaire ; c’est-à-dire un dossard acheté, mais dont le bénéfice est reversé à une association. Heureux et chanceux papa de 2 merveilleuses filles, et sensible depuis toujours à l’entrepreneuriat, à l’instar de l’équipe Rhapsody, nous choisissions alors spontanément de soutenir par ce dossard l’association Plan International, pour leur programme de soutien à l’accès à l’entrepreneuriat pour les jeunes femmes des pays en voie de développement.

En décembre 2018, je savais que ma place sur la ligne de départ de l’UTMB 2019 était assurée. Le projet prenait dès lors une nouvelle intensité avec un levier supplémentaire pour décupler la motivation et donc l’investissement nécessaire pour honorer le rendez-vous qui était pris. Ce levier est celui de la visualisation, au sens de la capacité à pouvoir se projeter.

Être capable de se projeter tel que nous voulons nous voir, c’est-à-dire pouvoir visualiser celui que l’on souhaite devenir, permet de renforcer le cap et le sens de la préparation d’un projet. Dans le cas présent, je voulais, je pouvais me voir enchaîner les montées et les descentes, être capable d’avancer malgré les difficultés de la fatigue, de la nuit, du temps.

Je crois que la capacité à pouvoir se projeter soi-même, avec objectivité plus qu’avec humilité, est un puissant levier d’édification personnelle. Cet exercice permet d’aborder positivement, sans pression, et même en y trouvant du plaisir, les changements à opérer pour atteindre le résultat recherché. Il y a dans ce levier accessible à tous, une façon complètement décomplexée d’associer logique de progrès et satisfaction de soi.

Cette exigence avec soi s’accompagne ainsi naturellement d’une forme de bienveillance, et l’ensemble rappelle comme une évidence l’esprit de liberté qui encadre le projet dans lequel on s’est engagé. Un esprit où la seule transaction passée est avec soi-même, qui scelle l’engagement à vouloir réussir et cette autorisation à rêver.

la course n’a rien à voir avec le commerce. La course doit être libre, mec

 

Pour son propre projet professionnel  comme pour un ultra-trail, seule cette autorisation à rêver nous permet d’apercevoir ce après quoi on court réellement. Le  but ultime d’une bonne préparation, plus que tout le reste, est en définitive ici : s’autoriser à gagner, juste pour soi.

Car comme le conclut Le Caballo blanco, le mystérieux protagoniste du fameux « Born To Run »[2], « la course n’a rien à voir avec le commerce. La course doit être libre, mec ».

 

Supertrail du Barlatay - Thomas
Supertrail du Barlatay – Thomas

 

[1] ITRA : International Trail Running Association en charge de l’évaluation de la difficulté des courses et de l’attribution des points

[2] « Born To Run » est un best-seller écrit par Christopher McDougall qui part à la rencontre d’un américain ayant troqué une vie de confort pour celle des Tarahumaras, qui fait de la course à pied leur mode de vie


 

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